Et que tombe la pluie

Texte proposé par : Saskia le 22 octobre 2011

Et que tombe la pluie


Inspiré par Delilah - Dresden Dolls (http://www.youtube.com/watch?v=rnnM...)


A la fenĂŞtre du bus, une jeune fille assise. Elle a la tĂŞte contre la vitre, les yeux perdus dans le dĂ©filement de la ville. Les lumières s’Ă©tirent en longues traĂ®nĂ©es brillantes le long des gouttes de pluie. Elle a les cheveux lâchĂ©s, du maquillage noir sur les paupières, cela lui donne l’air mĂ©chant. L’air farouche. Normalement.

Elle pleure doucement. Pas de sanglots, juste des larmes qui coulent le long de ses joues et emportent Ă  la fois le maquillage et la mĂ©chancetĂ©. Elle a l’air d’une poupĂ©e cassĂ©e, un jouet qu’on a jetĂ© dans un coin quand on s’en est lassĂ©. Elle porte un blouson de cuir et un pull Ă  capuche, un vieux jeans et des baskets en toile. Ses mains jointes sur ses genoux, gantĂ©es de mitaines rayĂ©es noir et blanc, parfois se serrent une seconde. Puis se relâchent.

Une vieille femme lui demande si ça va bien. Elle est assise de l’autre cĂ´tĂ© du bus. Elle hoche la tĂŞte, ne dit rien. Puis repose son front contre la vitre. Elle a cessĂ© de pleurer. AppuyĂ©e sur le dossier de son siège, les Ă©paules basses, elle ferme les yeux. On dirait qu’elle a Ă©puisĂ© toute l’Ă©nergie qui lui restait dans ces grosses larmes qui s’Ă©pongent en deux taches rouges sur ses pommettes. Le contraste entre la pâleur de son visage et ces reflets Ă©carlates la fait ressembler Ă  un reflet de personne vivante, Ă  un fantĂ´me Ă©garĂ©. Sa poitrine se soulève doucement au rythme de sa respiration.

Elle a sĂ»rement une histoire. Une de ces histoires qui brisent les gens et laissent de longs silences gĂŞnants quand on a fini de les raconter. Une histoire froide et brillante comme les larmes qu’elle a versĂ©es. Une histoire triste et lourde comme la pluie qui tombe sur le toit du bus. Une histoire qu’on n’Ă©crit pas, qu’on ne chante pas. Une histoire qu’on laisse s’enfuir sous les roues du bus. Une histoire qu’elle a voulu faire disparaitre Ă  travers les longues trainĂ©es brillantes de la ville.

Mais tous les trajets de bus finissent par avoir une fin, et elle se lève pour descendre. Elle trĂ©buche un peu au moment de descendre les marches. Dehors, la pluie qui tombe sur ses cheveux coule le long de ses joues en fins sillons luisants. Son jeans se marbre de taches foncĂ©es et elle reste lĂ , les yeux grands ouverts sous l’averse.

Je ne sais pas combien de temps elle essayera de se laver ainsi de ses souvenirs. Je ne sais pas si elle pleure encore, lĂ , debout au milieu du trottoir. Je ne sais pas si elle finira par pousser la porte blanche de la maison devant laquelle elle se tient. Je ne sais pas si le choix qu’elle fera ce soir lĂ  sera le bon.

Mais parfois, quand la pluie tombe le soir, je pense Ă  elle. Je regarde les lumières de la ville, j’appuie ma tĂŞte contre la vitre du bus et je ferme les yeux.

J’aime Ă  croire qu’elle est heureuse.

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