Déraison

Texte proposĂ© par : Aimela le 20 février 2011

Déraison


Un gros homme assis à table, un livre à la main, son épouse toute frêle leu tend une cuillère emplie de soupe.

- Cela fait deux jours que tu ne manges pas, il est peut-ĂŞtre temps que tu prennes un peu de soupe.

- C’est quoi deux jours dans toute une existence ? Rien surtout que j’ai passĂ© ma vie Ă  me remplir le ventre par contre la tĂŞte, je commence.

- Quelle drĂ´le d’idĂ©e a eu ton fils de t’apprendre Ă  lire, Ă  ton âge, c’est vraiment dĂ©raisonnable. Cela ne te servira Ă  rien dans la tombe.

- Tu es bien prompte Ă  me voir mort , j’ai encore des annĂ©es Ă  vivre, Ă  sentir ces livres dont je ne connaissais Ă  peine l’existence.

- Ce n’est que fioriture pour des paysans comme nous, cela ne nous donne pas le pain de chaque jour.

- Du pain, du pain, tu n’as que ça Ă  dire.

- Tu Ă©tais bien content de l’avoir avant.

- C’Ă©tait avant et puis J’ai assez travaillĂ© pour te donner ton pain, maintenant , je veux m’instruire, connaĂ®tre le monde, les pensĂ©es, la vie ailleurs que dans mon champ, je veux voyager.

- Voyager ? Tu es fou, comment veux tu voyager ? Au prix des trains.

- Je ne te parle de voyager par le train mais de partir dans l’imaginaire.

- L’imaginaire ? Pff ! C’est du n’importe quoi, si tu continues comme ça, je te mets Ă  l’hospice.

- Enfin une parole sensée, comme ça tu me foutras la paix avec ta soupe , là-bas, ils me laisseront tranquille avec mon merveilleux livre.

- Mon pauvre tu es vraiment fou, puisque c’est ainsi, je vais de ce pas au marchĂ© discuter du prix du pain et m’en acheter un puisque tu refuses d’en faire.

- C’est ça et surtout prends ton temps, je ne suis qu’Ă  la première page

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