Carton dans les gradins

Texte proposé par : Aimela le 8 juillet 2010

Carton dans les gradins


Anna avait toujours rĂŞvĂ© d’aller au festival d ’Avignon mais faute d’argent, elle n’a jamais pu si rendre enfin jusqu’Ă  aujourd’hui.

La vie offre bien des surprises, elle qui n’a jamais de chance vient de gagner une belle somme et des places pour le festival, il faut qu’elle invite quelqu’un mais qui ? Elle n’a pas d’Ă©poux, ses gamins ont horreur du théâtre. Elle va choisir une amie mais c’est difficile de trouver la perle rare. Son choix s’est fixĂ©e sur Ludivine, elle c’est sĂ»r elle acceptera de la suivre sur tout le programme.

Après un long voyage en train, les valises dans un hĂ´tel, les rĂ©servations prises ,les voilĂ  toutes les deux sur les gradins Ă  attendre la première pièce lorsqu’un monsieur charmant, grand, brun, les yeux de velours lui adresse la parole.

L’homme :
Je ne sais pas ce que je fais ici,franchement , cela devient un vrai carnaval.

Anna
Un carnaval ? Non c’est un festival et de théâtre en plus.

L’homme
Je sais que c’est du théâtre, je viens depuis les dĂ©buts.

Anna
Les dĂ©buts ? Mais c’est impossible, vous avez quel âge ? Vous paraissez si jeune.

Ludivine
On est bien placĂ©e tu ne trouves pas ?

Anna
C’est un peu juste pour moi, j’espère que les acteurs ont de la voix.

L’homme ( vexĂ©)
Madame, au théâtre, on dit comĂ©dien, pas acteur, l’acteur c’est au cinĂ©ma.

Anna
Figurez vous que je le savais seulement lorsque je le dis Ă  mes amis, ils me rĂ©pondent que c’est pareil.

L’homme
Et vous laissez faire ?

Anna
Quoique je dise, on s’en moque .

Ludivine
Vois tu quelque chose ? Moi je suis derrière une rombière Ă  chapeau.et ne vois que peu.

Anna Ă  Ludivine
Dis le lui, elle l’enlèvera et ainsi tu pourras profiter.

Pendant que Ludivine parle Ă  la femme.

L’homme.
C’est fini le bon temps oĂą on pouvait tout voir, enfin, je parle pour les spectateurs car moi...

Anna

Comment ça ? Vous me dites que vous venez depuis les premiers temps et que vous ne voyiez rien . Vous ĂŞtes aveugle ?

L’homme
Pas du tout mais j’Ă©tais ailleurs.

Ludivine
Elle est vraiment gonflĂ©e cette bonne femme, elle refuse d’enlever son galurin car elle risque d’attraper froid, encore une bourgeoise. Tu n’as pas envie de voir une autre pièce ?

Anna
Ah non alors ! J’ai fait des pieds et des mains pour arriver jusqu’ici, c’Ă©tait carton plein. Cela tombe bien c’est son titre.

Ludivine
On reviendra demain.

Anna.
Tu fais ce que tu veux mais moi, je reste. Cela fait trop longtemps que j’attendais ça, je ne veux pas en perdre une miette.

Ludivine
Je te comprends mais qu’est-cela donne si on ne voit rien sur la scène.

Anna
La scène est vide, il n’y a plus de dĂ©cors, cela coute trop cher

Ludivine
C’Ă©tait bien les dĂ©cors, j’aimais moi.

Anna
Moi aussi mais bon c’est comme ça. Il est quelle heure, cela devrait commencer.

L’homme
Ils commencent toujours en retard. Ils se comportent comme des stars .

Ludivine
Il est juste quatorze heures, cela ne devrait pas tarder.

Anna
Il est temps car mon voisin commence Ă  m’ennuyer.

Ludivine
Ton voisin ? Tu n’as pas de voisin, ou alors, il est sorti, car je ne vois personne.

Anna
Il avait peut-ĂŞtre soif . A moins qu’il soit parti pour de bon il me paraissait un tantinet rasoir.

L’homme
Je suis toujours lĂ 

Anna se retournant
Je croyais que vous étiez parti.

L’homme
Non, je tenais Ă  regarder ce navet

Anna
Vous êtes bien dur Monsieur, elle me paraît bien cette pièce.

Ludivine ( agacée)
DĂ©jĂ  que je ne vois rien et maintenant, c’est toi qui parle, je suis franchement servie.

Anna ( chuchotant)
Excuse moi mais c’est l’homme qui discute

Ludivine
Je ne l’entends pas par contre toi, tu pourrais monter sur scène tant ta voix est forte.

Anna ( chuchotant toujours)
Je ne dirai plus rien promis.

L’homme
C’est pas bien de faire des promesses qu’on ne tiendra pas.

Anna
Chut ! Vous dĂ©rangez.

L’homme
Ce n’est pas moi mais vous.

Anna
Taisez vous Ă  la fin, je ne peux pas suivre.

Ludivine
Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu parles toute seule maintenant ? Je te savais malade mais pas Ă  ce point.

Anna
Tu fais exprès ou quoi ? Je t’ai dit que c’Ă©tait l’homme assis Ă  cotĂ© de moi.

Ludivine( énervée)
Il n’y a personne Ă  cotĂ© de toi, alors ferme lĂ  une bonne fois pour toute.

Anna
C’est bon, je me tais.

Anna ne rĂ©pond plus Ă  l’homme essayant de s’interesser Ă  la pièce. Riant aux bons moments, pleurant Ă  d’autres et pour finir applaudissant avec tous les spectateurs .

L’homme
Elle vous a plu cette pièce ?

Anna
A cause de vous, je n’ai rien compris.

L’homme
Je n’y suis pour rien c’est vous qui passiez votre temps Ă  discuter.

Anna
C’est vous qui avez commencĂ© Ă  ce que je sache.

Ludivine
Tu fais quoi maintenant ?

Anna
J’attends la seconde pièce.

Ludivine
Tu as l’intention de faire une cure ?

Anna
Bien sĂ»r, tu sais Ă  quel point, j’adore le théâtre et ce voyage, je l’attendais depuis des siècles.

Ludivine
Et c’est pourquoi tu parles Ă  des fantĂ´mes ?

Anna
Quels fantĂ´me, l’homme est toujours lĂ , il te regarde et Ă  l’air de te trouver Ă  son goĂ»t ?

Ludivine
A part Gérard Philippe, je ne suis pas intéressée, malheureusement, il est décédé avant ma naissance.

Anna ( surprise)
Le visage de l’homme me disait quelque chose maintenant grâce Ă  toi, j’ai trouvĂ©, c’est GĂ©rard.

Ludivine ( riant)
Ma pauvre fille, tu es plus malade que je ne le pensais, je crois que je vais t’amener Ă  l’hĂ´pital psychiatrique, ils vont sĂ»rement te soigner.

L’homme
Vous en avez mis du temps pour me reconnaĂ®tre et pourtant, j’Ă©tais votre « fiancĂ© » dans votre jeunesse.

Anna ( en colère)
Oh vous !

Puis se tournant vers Ludivine

Je fais mes valises et je dĂ©guerpis d’ici, raz le bol d’Avignon.

Ludivine( riant de plus belle)
Mais non reste, on va trouver des pièces où il ne te dérangera pas. Tiens, si on allait voir une pièce de Molière. Peut-être que tu discuteras avec lui pour changer.

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